Le Collège des Psychologues de la Province de Buenos Aires s’oppose à la théorie du Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP)

Publié initialement le 20 octobre 2014 puis le 12 novembre 2014 sur blog Mediapart.

Le Collège des Psychologues de la Province de Buenos Aires a publié sur son site le 15 septembre 2014 une déclaration dans laquelle il s’oppose fermement à la théorie du Syndrome d’Aliénation Parentale : Pronunciamiento SAP (déclaration sur le SAP).

La traduction intégrale de ce texte est donnée plus loin dans cet article.

Colegio de Psicólogos de Bahía Blanca

Colegio de Psicólogos de Bahía Blanca - Pronunciamiento SAP

Capture d’écran de l’article

Le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) est une théorie pseudo-scientifique créée en 1985 par Richard Gardner, un homme connu pour sa complaisance envers les pédophiles : La vérité sur Richard Gardner, le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) et les fausses allégations

Cette théorie très controversée permet de donner des enfants en garde au parent accusé de pédocriminalité (en général le père), sous prétexte que ce seraient de fausses allégations.

Le SAP a toujours été rejeté par la communauté scientifique (DSM, notamment) en raison de sa dangerosité : Le DSM-5 ne contient pas le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP/AP)

Pourtant, cette théorie est largement utilisée par les tribunaux et les experts pour juger les affaires avec signalement de pédocriminalité.

En utilisant cette arme redoutable qu’est le SAP, les juges confient les enfants en garde au parent accusé de pédocriminalité (en général le père) et éloignent les enfants du parent protecteur (en général la mère) sous prétexte que ce parent serait manipulateur et voudrait couper les enfants de l’autre parent.

Remerciements à Victor Khagan, écrivain et traducteur-juré (assermenté) pour avoir traduit ce texte important du Collège des Psychologues de la Province de Buenos Aires.

Deux autres textes sur le SAP également traduits par Victor Khagan. L’auteur est le Dr. Miguel Lorente Acosta, délégué du gouvernement pour la violence de genre au sein du Ministère de l’égalité (Espagne) :

Autopsie du Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP/AP)

Autopsie des hommes « SAP-piens »

Déclaration sur le SAP (traduction)

Traduction par l’écrivain Victor Khagan
(se reporter en fin d’article pour infos sur cet auteur)

Traduction intégrale de cette publication du Collège des Psychologues de la Province de Buenos Aires :

« Déclaration sur le SAP

Bahia Blanca, le 15 septembre 2014

Le Collège des Psychologues de Bahia Blanca, district 1, dans l’exercice des pouvoirs conférés par la loi n°10.306 de la pratique professionnelle, Code de déontologie de la province de Buenos Aires et de la Fédération des Psychologues argentins (FEPRA), conformément à l’adhésion totale de la Commission de la Famille à la Chambre des représentants de la nation, ainsi que des autres collèges de professionnels, de spécialistes et de leur Institution, s’adressant à la communauté en général et à la communauté des professionnels en particulier, dans le but de SE PRONONCER SUR LE REJET ABSOLU DE L’UTILISATION DUDIT « SYNDROME D’ALIÉNATION PARENTALE » (SAP) ainsi que sur ses dérivés, comme le Trouble de l’Aliénation Parentale, et des arguments de Mère Malveillante ou de Co-construction du Récit ou de la Mémoire.

LESDITS SYNDROME ET TROUBLES N’ONT PAS DE FONDEMENT SCIENTIFIQUE et sont rejetés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), par l’Association Espagnole de Psychiatrie, par l’Association Américaine de Psychologie et par l’Association Américaine de Psychiatrie, ainsi que par les Systèmes de classification de diagnostic psychologique actuellement utilisés.

Malgré cela encore, dans notre actualité, il est fait recours aux arguments dérivés du SAP dans les interventions cliniques, juridiques et/ou judiciaires pour rejeter le récit des fillettes / des garçonnets et des adolescents qui ont subi des maltraitances en général et, en particulier, des abus sexuels dans l’enfance, ce récit étant fréquemment la preuve fondamentale et parfois la seule qui révèle des situations aberrantes comme celles ici mentionnées.

Le dommage physique, psychologique et social causé aux victimes de maltraitance et abus associés est extrêmement grave. Il n’y a aucun doute non plus sur le fait que l’abus sexuel, surtout dans l’enfance, dévaste subjectivement et génère un traumatisme. Il faut ajouter à cela les difficultés qu’implique pour tout adulte et donc plus encore pour l’enfant la révélation d’un secret de famille et d’une parole non reconnue une nouvelle fois.

« Nous n’ignorons pas les actions de certains psychologues, avocats et juges qui instrumentalisent des arguments dénués de toute caution scientifique dans la défense des abuseurs, afin d’atteindre l’invisibilité des crimes commis contre les fillettes, les garçonnets et les adolescents : pour ces professionnels, le SAP est en effet un outil redoutable ». (Collège_des Psychologues de la Province de Cordoue – extrait de la Déclaration du Conseil Exécutif n°746 / 13)

Nous rappelons en outre aux collègues psychologues que le Code de déontologie de la Province de Buenos Aires stipule en son article 39 : « Il est interdit d’appliquer à la Pratique Professionnelle, autant publique que privée, des procédures rejetées par les centres universitaires ou scientifiques légalement reconnus » et l’article 9 de la Loi sur l’Exercice de la Profession 10.306 le met également en évidence.

Sur ces bases, nous désirons nous prononcer en tant qu’institution en défense d’une éthique professionnelle et de la santé de la population, en avertissant de la gravité d’une utilisation du faux syndrome par tout professionnel ou magistrat, considérant sa formulation comme opposée à la Déclaration Internationale des Droits de l’Enfant en vigueur, y compris dans notre pays par la Constitution Nationale car elle violerait le Droit national 26.061 et le Droit provincial n°13.298 de la Protection du Droit des Enfants et des Adolescents mais également la Loi nationale et provinciale de Santé Mentale et la Loi 10-306 sur l’Exercice professionnel de la Psychologie.

Conseil Exécutif du District I

Collège des Psychologues de la Province de Buenos Aires »

Victor Khagan – Traducteur juré [assermenté] de l’espagnol. 19.10.14

Pronunciamiento SAP (version originale)

Texte original du Collège des Psychologues de la Province de Buenos Aires (Pronunciamiento SAP) :

« Pronunciamiento SAP

Bahía Blanca 15 de Septiembre 2014

El Colegio de Psicólogos de Bahía Blanca, Distrito I, en uso de las facultades que confiere la Ley de Ejercicio Profesional N° 10.306, el Código de Ética de la Provincia de Bs. As. y de la Federación de Psicólogos de la República Argentina (FEPRA), conforme y en adhesión al pronunciamiento de la Comisión de Familia de la Cámara de Diputados de la Nación, de otros Colegios Profesionales, instituciones y especialistas, se dirige a la comunidad en general y a la comunidad de profesionales en particular para PRONUNCIARSE EN ABSOLUTO RECHAZO DE LA UTILIZACIÓN DEL LLAMADO ‘SINDROME DE ALIENACIÓN PARENTAL’ (S.A.P.) y/o sus derivados como el Trastorno de Alienación Parental, y argumentos como Madre Maliciosa, o de Co-construcción del Relato o de la Memoria.

DICHO SÍNDROME Y TRASTORNOS CARECEN DE SUSTENTO CIENTÍFICO, siendo rechazados por la Organización Mundial de la Salud (O.M.S.), la Asociación Española de Psiquiatría, la Asociación Americana de Psicología y la Asociación Americana de Psiquiatría, y por los sistemas de clasificación psicodiagnóstica utilizados en la actualidad.

Pese a ello aún y actualmente los argumentos derivados del S.A.P. son utilizados en intervenciones clínicas- jurídicas y/o judiciales para desestimar el relato de los niños/as y adolescentes que han sufrido maltrato en general y sobre todo abuso sexual infantil. Siendo el relato de los mismos muchas veces una prueba fundamental, y en ocasiones la única, para develar situaciones aberrantes como las mencionadas.

El daño físico, psicológico y social que ocasiona a las víctimas de maltrato y allegados es de extrema gravedad. No hay dudas, además, del traumatismo y devastamiento subjetivo que genera particularmente el abuso sexual, sobretodo en la infancia. Sumado a ello, las dificultades que implica para cualquier adulto, más aún para un niño, develar un secreto de orden familiar y no ser escuchado una vez más.

“No estamos ajenos al accionar de algunos psicólogos, abogados y jueces que en la defensa de los abusadores instrumentan argumentos carentes de todo respaldo científico para lograr la invisibilidad de los delitos cometidos contra niños, niñas y adolescentes, para los que el S.A.P es una herramienta poderosa”. (Colegio de Psicólogos de la Provincia de Córdoba. Fragmento de la Resolución de Junta Ejecutiva N° 746/13)

Recordamos además a los colegas psicólogos que el Código de Ética de la Pcia de Bs As expresa en su art.39: « Queda prohibido aplicar a la Práctica Profesional, tanto pública como privada, procedimientos rechazados por los centros universitarios o científicos reconocidos legalmente » y lo mismo manifiesta el Art. 9 de la Ley de Ejercicio Profesional 10.306

Queremos por todo lo expuesto pronunciarnos como institución que brega por la ética profesional y la salud de su población advirtiendo de la gravedad de la utilización del falso síndrome por cualquier profesional o magistrado en tanto su formulación es opuesta a la vigencia de la Declaración Internacional de los Derechos del Niño, incluida en nuestro país por la Constitución Nacional. Violatoria de la Ley Nacional 26.061. y Provincial N° 13.298 de Protección de Derechos de Niños, Niñas y Adolescentes, de la Ley Nacional y provincial de Salud Mental y de la ley 10-306 de Ejercicio profesional de la Psicología.

Consejo Directivo Distrito I

Colegio de Psicólogos de la Pcia. de Bs. As »

Victor Khagan

Victor Khagan, traducteur de cette publication, est un écrivain engagé qui figure parmi les rédacteurs du CRIFIP (Centre de recherches internationales et de formation sur l’inceste et la pédocriminalité) : Rédacteurs du CRIFIP

Parmi les livres de Victor Khagan, citons PACIFICO. Rebelles Homéostasiques, un livre militant contre les discriminations et les agressions faites à l’intégrité. L’auteur a dédié ce livre à la mémoire et au travail de Jules Brunin auteur notamment de « L’Enfer des Gosses » (1975), un pionnier et un grand connaisseur du destin fait à l’enfance dans le monde, particulièrement dans la Belgique des années 1970-1990. (lien)

Voici encore d’autres livres de Victor Khagan :

Les chemins de l’aurore (Rebelles homéostasiques),

Tangakamanu : livre de poèmes,

Famille sans parole, famille sans joie,

Journal d’un survivant clandestin (son dernier livre – sur le thème des agressions sexuelles sur mineurs).

Procès Pistorius : le verdict montre que la vie des femmes ne compte pas

Publié initialement le 22 octobre 2014 sur blog Mediapart.

Le 12 septembre 2014, la journaliste féministe canadienne Meghan Murphy avait publié un article dans lequel elle s’indignait que le chef d’accusation retenu par la juge Thokozile Matilda Masipa pour Oscar Pistorius ne soit que la culpabilité d’homicide involontaire, sans intention de donner la mort.

Voici la traduction de cet article de Meghan Murphy : Oscar Pistorius savait parfaitement ce qu’il faisait

Le 21 octobre 2014, suite au verdict, Meghan Murphy a publié un nouvel article sur son site « Feminist Current ».

Voici cet article : Oscar Pistorius sentenced to five years for murdering Reeva Steenkamp (Oscar Pistorius condamné à cinq ans pour le meurtre de Reeva Steenkamp).

Pour rappel, Oscar Pistorius, célèbre athlète d’Afrique du Sud, amputé des deux jambes, a tué Reeva Steenkamp, sa petite amie, de 4 coups de feu tirés à travers la porte de sa salle de bains. L’arme de Pistorius, un Parabellum 9 mm, était chargée avec des balles expansives, soit des balles ultra-offensives qui font polémique depuis longtemps. Au lieu de transpercer le corps, ces balles explosent dans le corps et lacèrent les tissus, ne laissant aucune chance de survie. La ligne de défense de Pistorius est qu’il n’aurait pas fait exprès de tuer Reeva Steenkamp, car il pensait qu’il s’agissait d’un cambrioleur caché.

Le 21 octobre 2014, la juge Masipa a finalement condamné Oscar Pistorius à 5 ans de prison ferme, sachant que dans 10 mois, Pistorius pourra déjà sortir de prison et finir sa peine en résidence surveillée.

Avec ce verdict complaisant, la juge Masipa passe au monde entier le message que la vie des femmes ne compte pas.

La juge Masipa donne aussi le message aux auteurs de violence conjugale qu’ils peuvent désormais tirer à travers une porte avec des armes ultra-dangereuses en prétendant qu’ils n’ont pas fait exprès de tuer. Je rappelle que la violence domestique est la principale cause de mortalité des femmes : Violence domestique et conjugale: première cause de mortalité pour les femmes.

Reeva Steenkamp

Reeva Steenkamp

Photograph: Gallo Images/Getty Images

(source de la photo)

Traduction de l’article de Meghan Murphy

« Oscar Pistorius condamné à cinq ans pour le meurtre de Reeva Steenkamp

L’an dernier, à la Saint Valentin, l’athlète paralympique Oscar Pistorius a tiré quatre coups de feu par la porte de sa salle de bains, tuant sa petite amie, Reeva Steenkamp, qui était de l’autre côté.

Le 12 Septembre, la juge Thokozile Matilda Masipa l’a reconnu coupable d’homicide involontaire [culpable homicide] – essentiellement une accusation d’homicide involontaire [a manslaughter charge] La peine maximale qu’il pourrait recevoir avec une accusation d’homicide involontaire aurait été 15 ans.

Aujourd’hui, Pistorius a été condamné à une peine de cinq ans.

Cinq putain d’années. Pour meurtre.

Oh. Et il n’a qu’à purger un sixième de sa peine en prison – 10 mois – avant d’avoir le droit d’être déplacé en résidence surveillée.

Il est clair d’après la preuve produite au cours du procès que Pistorius savait parfaitement que sa petite amie était enfermé dans la salle de bain et qu’il essayait de lui tirer dessus (en apparence, évidemment), malgré le fait que Masipa ait cité une « négligence grave » lorsqu’elle a rendu sa sentence.

«Je suis d’avis qu’une peine non privative de liberté enverrait un mauvais message à la communauté», a expliqué Masipa, en ce qui concerne sa décision. « D’autre part, une peine longue ne serait pas appropriée non plus, car il lui manquerait la dimension de la compassion. »

Compassion, hein. Reeva Steenkamp est morte. Des mains de son agresseur. A-t-il montré de la compassion quand il l’a abattue? Pourtant, nous sommes censés faire preuve de compassion en termes de condamnation. D’accord. J’ai compris.

Vous savez quel « message » cette condamnation aurait pu envoyer à « la communauté? » Que les vies des femmes comptent.

Au lieu de cela, ce que nous avons appris (et ce que nous avons appris maintes et maintes fois), c’est que les vies des hommes comptent, la carrière des hommes compte, la réputation des hommes compte, l’argent et le pouvoir des hommes comptent … Et que les vies des femmes n’ont aucune importance.

Reeva Steenkamp est décédée, et Pistorius va continuer. Que sont cinq ans, après tout? Cinq ans qu’il ne purgera probablement même pas en entier?

Le message est que les hommes peuvent s’en tirer avec le meurtre. En particulier lorsque la victime est une femme.

Pour ceux qui ne sont pas d’accord avec sa décision, la réponse de Masipa est la suivante:

« La société ne peut pas toujours obtenir ce qu’elle veut. Les tribunaux ne sont pas pour rivaliser dans un concours de popularité, mais seulement pour rendre la justice … Le grand public ne sait peut-être même pas la différence entre punition et vengeance. »

En êtes-vous sûr? Car il semble assez clair, en effet, que la «popularité» a joué un rôle énorme dans cette décision. Devons-nous croire que le fait que Pistorius est un homme blanc, riche, célèbre et puissant n’a rien à voir avec cette décision?

Est-ce à cela que la justice ressemble? Parce qu’il est foutrement sûr que cela ne donne pas l’impression d’être de la « justice ». En fait, cela donne l’impression d’être tout sauf juste.

La peine d’emprisonnement de Pistorius à la prison Kgosi Mampuru II dans la capitale sud-africaine commence immédiatement. Il sera interdit de compétitions d’athlétisme jusqu’à 2019 (Wah.) ».

Prostitution forcée : comment le conte de fées tourne au cauchemar

Publié initialement le 2 octobre 2014 sur blog Mediapart.

Le 30 septembre 2014, le site Madmoizelle.com publiait un article contenant une vidéo intitulée Two Little Girls d’une campagne européenne contre le trafic d’êtres humains.

Voici cet article : Two Little Girls, une campagne contre les réseaux de prostitution forcée

Lien de la vidéo sur Youtube : Two Little Girls

Two Little Girls - prostitution forcée

Capture d’écran de la vignette
de l’article de Madmoizelle.com

Extraits de l’article :

« Two Little Girls est un court-métrage qui illustre la réalité des réseaux de prostitution forcéeOu comment le rêve de conte de fées tourne au cauchemar pour des milliers de jeunes filles dans le monde.

À quoi rêvent les jeunes filles dans les pays de l’Est ? Comment certaines d’entre elles finissent-elles esclaves des réseaux de prostitution, qui approvisionnent les villes d’Europe de l’Ouest et d’Asie ?

Two Little Girls raconte l’histoire de deux d’entre elles : Alma et Maria.

(…) Two Little Girls est une campagne lancée dans plusieurs pays est-européens et au Royaume-Uni en 2009 et qui se poursuivra jusqu’en 2015. Elle vise à dénoncer la traite d’êtres humains, et sensibiliser particulièrement les publics des pays de l’Est, d’où partent et à travers lesquels transitent énormément de jeunes filles otages des réseaux de prostitution.

L’un des objectifs de la campagne est d’informer et de prévenir les jeunes filles elles-mêmes, contre les fausses promesses de vie meilleure qui peuvent les entraîner dans le piège de l’esclavage.

Il ne s’agit pas de faire peser la responsabilité sur leurs épaules : ce n’est bien évidemment pas la faute de ces filles si elles suivent à l’étranger des hommes qui les vendent ensuite aux réseaux. La faute est à la misère qui dopent les espoirs, elle est d’abord et avant tout chez ceux qui font commerce du corps des femmes, et chez ceux qui entretiennent « la demande » de l’autre côté des frontières. »

Two Little Girls - court métrage

Un article avec la même vidéo sur le site La chaîne du coeur

(capture d’écran de la vidéo)

Quand les films d’animation occultent les violences masculines intrafamiliales

Publié initialement le 1er octobre 2014 sur blog Mediapart.

Le 25 septembre 2014 et le 2 octobre 2014, le journaliste Paul Rigouste a publié deux articles remarquables, à lire absolument dans leur intégralité, sur le site Le cinéma est politique.

Dans ces articles Paul Rigouste dénonce et analyse la propagande pro-« pères abuseurs de leur fille » présente dans un grand nombre de films d’animation pour enfants et adultes.

Le 18 juillet 2013, Paul Rigouste avait déjà publié sur le même site un article dans lequel il dénonçait la propagande pro-agresseur pédophile du film « La Chasse » (Jagten, en allemand) du réalisateur Thomas Vinterberg.

Les paragraphes suivants transmettent ces trois articles.

Propagande pro-« pères abuseurs de leur fille » dans les films d’animation (I)

Premier article sur ce type de propagande que l’on retrouve dans un grand nombre de films d’animation pour enfants et adultes.

Article de Paul Rigouste publié le 25 septembre 2014 sur le site Le cinéma est politique : Quand les films d’animation occultent les violences masculines intrafamiliales (I) : La Petite Sirène, Aladdin, La Belle et la Bête

Le sultan Aladdin et sa fille Jasmine

Aladdin et sa fille

Photo tirée de l’article ci-dessus

Extrait : « Je voudrais ici attirer l’attention sur la réapparition, dans un certain nombre de films d’animation récents, d’un discours sur les relations père-fille que je trouve particulièrement dangereux politiquement parce qu’il contribue à mon avis à occulter les violences masculines intrafamiliales (psychologiques, physiques et sexuelles), en particulier celles des pères sur leurs filles (puisque c’est majoritairement de cette relation qu’il s’agit dans ces films).

Dans son livre Un Silence de mortes [1], Patrizia Romito étudie les différentes manières par lesquelles les violences masculines sont communément occultées dans nos sociétés patriarcales. Elle dégage deux grands procédés d’occultation :

Si l’on veut étudier les violences masculines telles qu’elles se manifestent dans notre histoire récente, on découvre qu’elles sont associées à deux stratégies majeures, apparemment contradictoires : la légitimation et le déni. En se rendant légitime, la violence masculine agit bien entendu à découvert, mais dans ce cas on ne la définit pas comme de la violence. (…)

Quant au déni, il devient indispensable lorsque la société, ayant fini par évoluer à force de combats des opprimé-e-s, a rendu inacceptable la légitimation des formes extrêmes de la violence ; de nouvelles voies sont alors cherchées pour occulter cette violence ou pour ne pas avoir à s’élever contre elle. Il existe plusieurs façons de pratiquer cette négation. La plus radicale consiste simplement à ne pas voir la violence et ses conséquences. Cela s’est pratiqué et se pratique toujours largement parmi les proches des victimes – gens de la famille, connaissances – mais aussi chez les personnels socio-sanitaires, chez les policiers et chez les juges. Une autre technique consiste à attribuer une signification différente à tel ou tel fait : sans doute quelque chose s’est-il passé, mais on ne peut pas appeler ça violence. C’est ainsi que le viol n’est pas violence mais séduction, n’est pas violence mais passion, en somme c’est du sexe déchaîné, etc. (…) [2]

Il me semble que ces deux stratégies de déni dont parle Romito se retrouvent dans un grand nombre de film d’animation récents. En effet, certains d’entre eux nient tout bonnement l’existence de la violence des pères sur leurs enfants en attribuant exclusivement cette violence à la mère (comme c’est le cas dans Raiponce ou Rebelle). Mais la majorité de ses films mobilisent plutôt la seconde stratégie, en ce qu’ils tentent d’« attribuer une signification différente » à ces violences. Leur propos consiste ainsi à faire passer le comportement abusif du père pour une conséquence de l’ « amour » qu’il porte à sa fille et du « souci » qu’il se fait pour elle. Si ces films accordent finalement à cette dernière le droit de s’émanciper d’une autorité paternelle présentée comme étouffante, le père en ressort toujours excusé (« il faut le comprendre, il ne voulait que ton bien, etc. »), et le pouvoir qu’il a exercé sur elle apparaît ainsi comme « normal » et sans grandes conséquences (« c’est bien normal qu’un père se fasse du souci pour sa fille, il l’a juste un peu surprotégée parce qu’il l’aime énormément, c’est tout… »). Les films récents les plus représentatifs de cette tendance sont probablement L’âge de glace 4 (2012), Hôtel Transylvanie (2012) et Les Croods (2013), mais on retrouve le même procédé d’occultation dans beaucoup d’autres films, comme on le verra.

Ce n’est sûrement pas un hasard si le premier film d’animation à mettre en scène une telle relation père-fille, La Petite Sirène, est sorti en 1989, c’est-à-dire en plein cœur de la période de « backlash » antiféministe aux États-Unis [3]. En effet, les mouvements féministes des années 60-70 ont joué un rôle essentiel dans la reconnaissance de l’oppression patriarcale au sein des foyers et de son ampleur (notamment grâce à des enquêtes et productions de statistiques) [4]. En réaction, un ensemble de stratégies d’occultation ont été mises en place pour dédouaner les hommes de leurs crimes. Comme le dit Romito, lorsque les combats des opprimé-e-s ont fait évoluer les mentalités au point de rendre inacceptable la légitimation des formes extrêmes de la violence, de nouvelles voies sont alors cherchées pour occulter cette violence. Pour donner une idée de l’efficacité de cette réaction masculiniste face aux acquis de la seconde vague féministe, on peut par exemple penser aux statistiques citées par Romito :

Concernant les mineur-e-s, aux États-Unis par exemple, une étude menée à l’échelle de la population (National Incidence Study) rapporte qu’en 1986, 75% des cas considérés comme très graves d’abus sexuels sur enfants (CSA, Child Sexual Abuse) faisaient l’objet d’une enquête ; en 1993, ce pourcentage avait baissé à 44%. Les statistiques du ministère de l’Intérieur de Grande-Bretagne traduisent une tendance similaire : en 1985, sur 633 plaintes « de graves atteintes à la pudeur perpétrées sur des enfants de moins de 14 ans », on avait obtenu une condamnation dans 42% des cas ; dix ans plus tard, en 1995, le nombre des plaintes avaient doublé, mais le pourcentage des condamnations avaient, lui, plus que nettement diminué : il était descendu à 12%. En ce qui concerne les viols, toujours en Grande-Bretagne, le nombre de plaintes déposées à la police est passé de 1842 en 1985 à 4589 en 1993, tandis que la proportion des condamnations traduit une baisse de plus de la moitié, passant de 24% à 10% (…)

Pour autant, cette chute libre n’est imputable ni à une hypothétique atténuation de la gravité des faits ni à l’irrecevabilité des plaintes déposées : au cours de son étude, Sue Lees a vu des hommes relaxés alors qu’ils étaient accusés de violences gravissimes et répétées – parmi eux des serial rapists, violeurs en série contre lesquels les preuves à charges étaient accablantes [5].

Aujourd’hui, les violences masculines (notamment intrafamiliales) restent ultra-répandues et toujours très peu condamnées [6], et ce en grande partie à cause des multiples stratégies d’occultations que le patriarcat met en place pour permettre aux hommes de continuer à exercer impunément leurs violences [7]. Que l’on observe en ces années 2010 une renaissance de la figure du « père abusif excusé de ses violences » dans le cinéma d’animation est à mon avis le signe d’une ré-intensification de ces stratégies masculinistes d’occultation. »

Propagande pro-« pères abuseurs de leur fille » dans les films d’animation (II)

Deuxième article sur ce type de propagande que l’on retrouve dans un grand nombre de films d’animation pour enfants et adultes.

Article de Paul Rigouste publié le 2 octobre 2014 sur le site Le cinéma est politique : Quand les films d’animation occultent les violences masculines intrafamiliales (II) : L’âge de glace 4, Hôtel Transylvanie, Les Croods

Les Croods et le masculinisme

Photo tirée de l’article ci-dessus

Extrait : « Comme on va le voir, ce qui est au centre ici, c’est la souffrance des pères qui séquestrent, violentent et manipulent leurs filles, et que l’on doit pardonner parce qu’au fond ce sont des braves types. Cette évolution est donc à mon avis très inquiétante, car elle témoigne d’une ré-intensification des discours masculinistes (qui visent notamment ici à occulter les violences masculines intrafamiliales). »

L’article propose une analyse particulièrement intéressante et bien documentée de ces 3 films (L’âge de glace 4, Hôtel Transylvanie, Les Croods).

La Chasse ou Jagten

Le 18 juillet 2013, Paul Rigouste avait déjà disséqué le masculinisme du film « La Chasse » (Jagten, en allemand) du réalisateur Thomas Vinterberg, co-fondateur avec Lars von Trier de l’école « Dogme 95« .

Voici cet article : La Chasse (2012) : Chasse à l’homme

J’avais moi-même publié un article à l’occasion de la sortie de ce film de Thomas Vinterberg, réalisateur du film mythique « Festen » qui a soutenu toute une génération de victimes d’inceste et qui faisait à l’occasion de ce nouveau film un revirement surprenant en faveur de potentiels agresseurs d’enfants : Le film « Jagten », une catastrophe pour la parole des enfants abusés

Extrait de l’article de Paul Rigouste : « Le masculinisme a vraiment le vent en poupe en ce moment [1]. Et en tant qu’art dominé par les hommes, il n’est pas étonnant que le cinéma apporte sa contribution à ce mouvement antiféministe dont le but est de réaffirmer la valeur de la masculinité traditionnelle et de permettre aux hommes de conserver leurs privilèges.

Or, comme l’explique bien Francis Dupuis-Déri, « ce n’est pas l’égalité entre les hommes et les femmes qui provoque la réaction masculiniste, puisque l’égalité n’est pas atteinte, ni le manque de modèles conventionnels du masculin, dont la culture et les représentations sociales sont saturées. C’est plutôt la menace que représente le féminisme, ainsi que la perception que les hommes puissent être privées par les femmes et les féministes de certains de leurs privilèges masculins »[2]. Ainsi, le masculinisme est un contre-mouvement qui a besoin de créer la menace contre laquelle il prétend lutter. Car contrairement à ce qu’on nous répète en boucle, il n’y a pas de « crise de la masculinité » ou de « fin des hommes »[3]. Le patriarcat est toujours bien en place et l’égalité très loin d’être « déjà-là ». 

(…) La chasse nous raconte l’histoire de Lucas (Mads Mikkelsen), éducateur dans un jardin d’enfants, qui en vient à être accusé de pédophilie suite à un mensonge d’une petite fille dont il s’occupe, Klara (Annika Wedderkopp), et qui est par ailleurs la fille de son meilleur ami, Theo (Thomas Bo Larsen). Adoptant quasi-exclusivement le point de vue de Lucas, le film nous fait suivre la descente aux enfers de cet homme qui perd son travail et (presque) tou-te-s ses ami-e-s, rejeté par sa communauté tel un paria alors qu’il est innocent. Le film se terminera cependant sur un happy ending relatif, puisque Lucas sera finalement innocenté et accepté à nouveau par celleux qui l’avaient exclu, même si une menace plane toujours sur lui (je reparlerai plus loin de cette fin ambiguë).

Pour bien que les choses soient claires et qu’aucun doute ne puisse naître dans l’esprit du public, le film fait tout ce qui est en son possible pour que l’innocence du héros soit un fait absolument indubitable. On voit ainsi ce qui a mené la petite Klara à mentir à la directrice du jardin d’enfants en lui disant qu’elle « déteste Lucas » et qu’elle a vu « son zizi » qui était « tout raide » (d’autres enfants l’ont exposée à de la pornographie en commentant les images). Et le film nous martèle par ailleurs dès ses premières minutes à quel point Lucas est un type absolument formidable et irréprochable sur tous les plans. La police le relâchera d’ailleurs rapidement lorsqu’elle s’apercevra que les récits des enfants de l’école étaient de pures fabulations suscités par l’acharnement des parents à vouloir faire de Lucas un pédophile (les enfants racontaient tous avoir été amenés par leur éducateur au sous-sol de sa maison alors même que la dite maison ne possède précisément pas de sous-sol).

Dans la mesure où le film pose l’innocence de Lucas comme un fait indubitable, son intérêt ne réside donc pas du tout dans l’incertitude quant à la culpabilité du héros (est-il vraiment pédophile ou non ?), mais plutôt dans le spectacle de la souffrance de cet homme injustement persécuté. Et le film n’y va pas par le dos de la cuillère : Lucas est viré de son travail, rejeté et insulté par ses collègues et ses ami-e-s, on refuse de le servir au supermarché, on le frappe, on tue son chien, on lui empêche de voir son fils, etc.

Le sommet de cette logique est atteint lorsque Lucas se transforme en une sorte de figure christique. La veille de Noël, alors qu’il fait ses courses au supermarché, il se fait battre violemment par les employés. Titubant et ensanglanté, il rentre chez lui tel un martyr lapidé par la foule hargneuse et aveugle. Le soir, devant toute la ville, il se rend à l’église pour assister à la messe. Assis devant, il se retourne et regarde fixement dans les yeux celui qui était comme un frère et qui l’a injustement rejeté : son ami Theo. Ne pouvant détourner son regard, Theo prend alors conscience de l’innocence de Lucas. Il était aveugle, mais maintenant il voit. Et c’est cette conversion qui sauvera Lucas puisque, à partir du moment où Theo devient convaincu de l’innocence du héros, le reste de la communauté suit son avis.

Au bout de son chemin de croix, Lucas atteint enfin la rédemption. Il lui aura fallu traverser les pires souffrances pour pouvoir renaître enfin et retrouver sa place.

Mais le film ne se borne pas à faire de cet homme exemplaire un martyr. Il étaye en effet de manière beaucoup plus poussée son dispositif masculiniste en articulant notamment ce thème de l’« homme qui souffre » à un tableau particulièrement misogyne de la gente féminine, et à un discours viriliste sur la relation père/fils et les bienfaits de l’homosocialité masculine. »

Oscar Pistorius savait parfaitement ce qu’il faisait

Publié initialement le 12 septembre 2014 sur blog Mediapart.

Le 12 septembre 2014, la journaliste féministe canadienne Meghan Murphy a publié sur son site « Feminist Current » un article concernant l’affaire Pistorius.

Voici cet article : Oscar Pistorius knew exactly what he was doing (Oscar Pistorius savait parfaitement ce qu’il faisait)

Pour rappel, Oscar Pistorius, célèbre athlète d’Afrique du Sud, amputé des deux jambes, a tué Reeva Steenkamp, sa petite amie, de 4 coups de feu tirés à travers la porte de sa salle de bains.

L’arme de Pistorius, un Parabellum 9 mm, était chargée avec des balles expansives, soit des balles ultra-offensives qui font polémique depuis longtemps. Au lieu de transpercer le corps, ces balles explosent dans le corps et lacèrent les tissus, ne laissant aucune chance de survie.

La ligne de défense de Pistorius est qu’il n’aurait pas fait exprès de tuer Reeva Steenkamp, car il pensait qu’il s’agissait d’un cambrioleur caché.

La juge a validé sa version : pour Thokozile Matilda Masipa, Pistorius serait coupable d’homicide involontaire, sans intention de donner la mort. Donc pour cette juge, tirer 4 coups de feu avec des balles très offensives à travers une porte, c’est un homicide involontaire.

Alors bravo Mme La Juge, de nombreux auteurs de violence conjugale vont désormais tirer à travers une porte avec des armes ultra-dangereuses en prétendant qu’ils n’ont pas fait exprès. Quelle merveilleuse justification pour tuer leur compagne ou ex-compagne !

Je rappelle que la violence domestique est la principale cause de mortalité des femmes : Violence domestique et conjugale: première cause de mortalité pour les femmes.

Traduction de l’article de Meghan Murphy

« Le jeudi, la juge Thokozile Matilda Masipa a jugé Oscar Pistorius, 27 ans, coupable d’homicide, « une réhabilitation pour l’athlète qui a clamé son innocence avec véhémence lors d’un procès en Afrique du Sud qui a captivé des millions de personnes à travers le monde », rapporte Le Guardian.

L’an dernier, à la Saint Valentin, Pistorius a tiré quatre coups de feu à travers la porte de salle de bains, tuant sa petite amie, Reeva Steenkamp, ​​29 ans, qui était de l’autre côté de la porte, enfermée dans la salle de bains. « La culpabilité d’homicide » est équivalente à une accusation d’homicide involontaire, ce qui signifie que Pistorius sera passible de 15 années maximum. Maximum. Il n’y a pas de peine minimale. Il est peu probable que Pistorius purge 15 ans en prison. Il pouvait être puni avec des travaux d’intérêt général et des amendes. Pistorius s’en est bien tiré avec un meurtre.

Il n’a pas été accusé de meurtre parce que Masipa avait le sentiment que « On ne peut pas dire qu’il prévoyait que la défunte ou quelqu’un d’autre serait tué quand il a tiré sur la porte des toilettes. » S’il avait été reconnu coupable de meurtre, Pistorius aurait écopé d’un minimum de 25 ans de prison.

Son avocat, Barry Roux, a demandé que Pistorius reste en liberté sous caution: « Je pense qu’il est prématuré de penser à une probable condamnation dans ce cas », a déclaré M. Roux. « Il n’y a aucune raison de ne pas le laisser en liberté sous caution. »

La culpabilité d’homicide signifie que Pistorius a été reconnu coupable de négligence plutôt que d’intention. Ce qui signifie que nous devons croire que la mort de Steenkamp a été un accident.

La mort de Steenkamp n’a pas été un accident.

Pistorius affirme qu’il a tiré sur la porte des toilettes, pensant qu’un « intrus » était de l’autre côté, et qu’il n’a réalisé que c’était sa petite amie qu’après avoir enfoncé la porte avec une batte de cricket.

Oscar Pistorius - scène du meurtre

Conneries.

Pistorius savait qu’elle était là. Elle était, après tout, en train d’essayer de lui échapper. Combien de femmes se sont enfermées dans la salle de bain, se cachant de leur partenaire ? Nous savons ce qu’elle faisait là. Nous savons comment elle est arrivée là. Nous savons que Pistorius l’avait probablement chassée là, qu’il écoutait ses cris et ses pleurs. Qu’il l’a probablement menacée. Nous savons qu’il a essayé de défoncer la porte avec une batte de cricket avant de décider de tirer sur elle. Les voisins ont témoigné avoir entendu une femme crier. Elle a dû être terrifiée.

« J’ai peur de toi quelques fois et de la façon brusque dont tu me parles », a écrit Steenkamp dans un message texte à Pistorius, des semaines avant sa mort. Il était extrêmement jaloux, selon des bruits à son propos.

« Toutes les 5 secondes, j’entends comment tu es sorti avec une autre nana, tu es vraiment sorti avec beaucoup de femmes, mais tu t’énerves si je mentionne une histoire sympa avec un petit ami à long terme, » s’est-elle plainte. « Toi … tu piques des colères devant les gens. »

Pistorius a des antécédents de violence. Son ex-petite amie, Samantha Taylor, a déclaré qu’il était « colérique et possessif » et qu’elle avait peur qu’il la tue.

« Sa jalousie était très pénible. Il pouvait appeler ma mère et mon père 10 fois par jour pour savoir où j’étais. En un mois, j’ai reçu environ 700 appels … C’était excessif. Si je n’avais pas répondu aux messages dans les 30 secondes, c’est que j’étais en train de faire quelque chose de mal « .

« J’ai dû lui montrer des photos « Regarde-moi dans mon pyjama – Je ne suis pas dehors ! Vois, je suis en train de regarder la télévision, assise à côté de mon frère.  »

« Il n’aimait pas que je m’habille bien et que d’autres hommes me regardent. »

« Cela aurait pu être moi », a dit Taylor à propos de Reenkamp.

Taylor a dit que Pistorius la mordait, la pinçait et crachait sur elle. Il était mentalement, verbalement et émotionnellement violent, l’enfermant dans la maison et la laissant toute la journée et la nuit, seule, sans nourriture. Il avait un tempérament instable et des sautes d’humeur extrêmes. Il conduisait à 200 miles/h avec elle sur le siège du passager, afin de lui instiller la peur – pour la « punir ». A un moment, elle a eu tellement peur de lui qu’elle a caché son arme à feu [celle de Pistorius].

Je fais remarquer tout cela parce que toute femme qui a été avec un homme violent reconnaîtra immédiatement ce comportement. C’est bien sûr mon cas.

Pistorius a appris aux agresseurs de partout qu’ils peuvent inventer le moins convaincant des mensonges et qu’ils vont être crus. Les femmes de partout ont appris que leurs partenaires peuvent les terroriser et en abuser et même les assassiner et s’en tirer à bon compte.

Elle a dû être terrifiée. »

Trolls et « tétrade noire de la personnalité »

Publié initialement le 8 mai 2014 sur blog Mediapart.

Le 20 février 2014, Psychomedia publiait un article à propos d’une recherche sur les provocateurs agressifs du net, plus couramment nommés trolls : Les provocateurs agressifs (trolls) sur Internet ont les traits de la « tétrade noire de la personnalité »

Menée par le psychologue Erin E. Buckels de l’Université du Manitoba et ses collègues (Paul D. Trapnell de l’Université de Winnipeg et Delroy L. Paulhus de l’Université de Colombie britannique), cette recherche avait pour objectif de cerner la personnalité des trolls.

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que les trolls présentent les traits d’une personnalité qui a été nommée « tétrade noire de la personnalité ». Cette personnalité est constituée de 4 traits : narcissisme, machiavélisme, psychopathie et sadisme. Ces traits décrivent des personnalités nuisibles socialement.

L’article : « Les provocateurs agressifs (trolls) sur Internet ont les traits de la « tétrade noire de la personnalité »

Les provocateurs agressifs sur Internet (qui sont qualifiés de trolls) présentent les traits de personnalité qui constituent ce qui a été appelé la tétrade noire de la personnalité, confirme une étude canadienne publiée dans la revue Personality and Individual Differences.

La tétrade noire de la personnalité est constituée de quatre traits décrivant les personnalités nuisibles socialement: le narcissisme, le machiavélisme, la psychopathie et le sadisme.

Le psychologue Erin E. Buckels de l’Université du Manitoba et ses collègues (1) ont mené cette étude avec 1215 répondants qui ont complété des tests de personnalité et une enquête sur leurs styles de commentaires en ligne.

Le trolling en ligne était défini comme étant un comportement trompeur, destructeur, ou perturbateur dans divers environnements sociaux sur Internet pour nulle autre raison que le plaisir. Les trolls aiment semer le trouble et exploiter les points sensibles pour jouer avec les émotions des autres.

Ceux qui faisait du trolling montraient des signes de sadisme, de psychopathie et de machiavélisme. Le sadisme était le plus fortement lié à ce comportement. Des questions qui évaluaient le sadisme étaient, par exemples: « J’aime faire mal aux autres physiquement »; « J’aime faire des blagues au dépend des autres »; « J’aime jouer le rôle de vilain dans les jeux et torturer les autres personnages ».

Si quelqu’un tombe dans le piège, le trolling s’intensifie impitoyablement pour le plus grand amusement de son auteur. C’est pourquoi les internautes novices se font régulièrement mettre en garde « de ne pas nourrir les trolls« .

Ces comportements sur Internet sont une manifestation parmi d’autres de leur sadisme au quotidien. Sur Internet, ces comportements sont favorisés par l’anonymat. »

Don't feed the troll

Ne nourrissez pas le troll
En d’autres termes : ne lui répondez pas

La coparentalité : des enfants « coupés en deux » au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant

Publié initialement le 3 mai 2014 sur blog Mediapart.

Depuis quelques années, une poignée de pères surmédiatisés tente d’imposer des concepts adultocentrés (coparentalité, résidence alternée, etc.) sous prétexte qu’il s’agirait de concepts au service de l’intérêt supérieur de l’enfant.

Au nom de l’intérêt supérieur de l’enfant, ces pères prétendent par exemple qu’il faudrait contraindre tous les enfants à la résidence alternée, pour leur éviter de devenir délinquants, malades ou profondément malheureux.

Comment ont-ils réussi à faire admettre de telles aberrations qui contredisent toutes les connaissances en matière de psychopathologie et de développement de l’enfant ? De nombreux professionnels de l’enfance (psychiatres, psychologues, pédiatres, etc.) ont d’ailleurs dénoncés ces concepts adultocentrés qui nient que l’enfant a besoin d’une figure d’attachement et de stabilité pour pouvoir se développer dans les meilleures conditions possibles.

Comment peut-on dès lors affirmer que c’est l’intérêt supérieur de l’enfant de passer d’un domicile à l’autre, chaque semaine, dès son plus jeune âge jusqu’à sa majorité ? Aucun adulte ne supporterait cela. Alors comment un enfant pourrait-il le supporter ? Au nom de quoi faudrait-il lui imposer cela ?

Au nom de l’égalité ? Mais quelle égalité ? Faut-il couper les enfants en deux, comme les biens matériels du couple ? Faut-il que chaque parent ait un temps égal avec les enfants, des droits égaux SUR les enfants, comme le réclament ces pères ? Est-ce vraiment l’intérêt supérieur de l’enfant ? Difficile à croire.

A ces pères qui veulent à tout prix imposer l’alternance pour les enfants, il faudrait proposer une résidence alternée dans laquelle se sont les parents qui changent de résidence. Soit un logement familial où vivent les enfants et des parents qui y résident une semaine sur deux. Dans ce cas, ces pères revendiqueraient-ils toujours l’alternance ? Seraient-ils d’accord de changer de résidence chaque semaine ? Et seraient-ils d’accord de payer à la fois la moitié du logement familial plus leur logement dans lequel ils seront pendant la semaine où ils n’ont pas la garde ? Cette solution existe, quelques rares parents l’ont adoptée. Toutefois, elle coûte cher, puisqu’il faut 3 logements : un logement familial pour les enfants, un logement pour la mère, un logement pour le père. Donc impossible à mettre en place pour la majorité des couples qui ne pourront l’assumer financièrement.

Au lieu d’inventer des concepts adultocentrés comme la coparentalité, il vaudrait mieux proposer à ces parents de réfléchir à la « parentalité », terme qui recouvre déjà en lui-même l’existence des deux parents d’un enfant. La parentalité, c’est être centré sur l’enfant, sur son bien-être, ce qui implique bien évidemment de ne pas l’instrumentaliser. L’enfant n’est pas un objet. C’est un être humain, de plus un être fragile, en pleine construction, qui a besoin de sérénité pour se développer. Il n’est ni un bien immobilier, ni un bien mobilier, ni un compte en banque, etc. que l’on peut se partager à parts égales, comme un butin, en cas de séparation, en prétendant en plus que c’est dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Plus loin dans ce billet, vous trouverez deux excellents articles sur ce thème de l’intérêt supérieur de l’enfant utilisé à des fins adultocentrées. L’un est un texte du 14 décembre 2011 de Bernard Golse, pédopsychiatre et chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker (Paris). L’autre est une interview du 30 avril 2014 de Catherine Perelmutter, avocate au barreau de Paris et spécialisée en droit de la famille.

Dans ce second article, il est question de la proposition de loi sur l’autorité parentale et l’intérêt de l’enfant (Apie) qui doit être débattue ces prochains jours à l’Assemblée Nationale. La médiation familiale (imposée même en cas de violences), la coparentalité, la résidence alternée sont au cœur de cette proposition de loi. Comme toujours, c’est l’intérêt de l’enfant qui sert de justification à ces propositions de loi adultocentrées. L’article évoque aussi de la double domiciliation des enfants pour tous modes de résidence.

La coparentalité ou l’enfant coupé en deux

Mais arrêtons-nous quelques secondes sur cette symbolique de « l’enfant coupé en deux ».

Le concept de coparentalité implique que les parents se partagent l’enfant à parts égales (temps égal, droits égaux, etc.). L’enfant va donc être coupé en deux pour que chaque parent puisse en avoir la moitié.

Tout cela fait bien sûr penser au jugement de Salomon. Dans ce récit, la vraie mère demande que son enfant soit donné à la fausse mère, afin qu’il ne soit pas coupé en deux, alors que la fausse mère veut que l’enfant soit coupé en deux. Belle symbolique pour la coparentalité.

Cette histoire ne doit pas être prise au sens biologique de la vraie ou de la fausse mère. La vraie mère symbolise le(s) parent(s) qui se préoccupe(nt) véritablement de la santé et du bien-être de l’enfant. En d’autres termes, « la vraie mère » représente le(s) parent(s) qui se soucie(nt) de ce que l’on peut nommer « le vrai intérêt de l’enfant ».

Quant à « la fausse mère », elle symbolise le(s) parent(s) qui n’hésite(nt) pas à faire souffrir ou mourir leur enfant pour obtenir gain de cause ou pour satisfaire une vengeance. En d’autres termes, « la fausse mère » représente le(s) parent(s) adultocentré(s). D’ailleurs la phrase prononcée par la fausse mère « Il ne sera ni à moi ni à toi. Coupez-le! » (voir le texte original ci-dessous) fait fortement penser aux pères infanticides qui tuent leurs enfants lors des séparations.

Le jugement de Salomon

Le jugement de Salomon - Nicolas Poussin

Source de l’image :
Le Jugement de Salomon – Nicolas Poussin (1594-1665)

Résumé du jugement de Salomon : « Le Premier livre des Rois (3, 16-28) raconte ainsi le différend qui opposa deux femmes ayant chacune mis au monde un enfant, mais dont l’un était mort étouffé. Elles se disputèrent alors l’enfant survivant. Pour régler le désaccord, Salomon réclama une épée et ordonna : « Partagez l’enfant vivant en deux et donnez une moitié à la première et l’autre moitié à la seconde ». L’une des femmes déclara qu’elle préférait renoncer à l’enfant plutôt que de le voir sacrifié. En elle, Salomon reconnut la vraie mère, et il lui fit remettre le nourrisson. » (Le jugement de Salomon )

Texte original du Jugement de Salomon : Le sage jugement de Salomon (1 Rois 3.16-28)

16 C’est alors que deux femmes prostituées vinrent chez le roi et se présentèrent devant lui. 17 L’une des femmes dit: «Pardon! Mon seigneur, cette femme et moi, nous habitons dans la même maison et j’ai accouché près d’elle dans la maison. 18 Trois jours après, cette femme a aussi accouché. Nous habitons ensemble, il n’y a aucun étranger avec nous dans la maison, il n’y a que nous deux. 19 Le fils de cette femme est mort pendant la nuit, parce qu’elle s’était couchée sur lui. 20 Elle s’est levée au milieu de la nuit, elle a pris mon fils qui était à côté de moi pendant que moi, ta servante, je dormais et elle l’a couché contre elle. Quant à son fils, qui était mort, elle l’a couché contre moi.

21 Ce matin, je me suis levée pour allaiter mon fils et voici qu’il était mort. Je l’ai regardé attentivement, le matin venu, et ce n’était pas mon fils, celui que j’ai mis au monde.» 22 L’autre femme dit: «C’est faux! C’est mon fils qui est vivant et ton fils qui est mort.» Mais la première répliqua: «Absolument pas! C’est ton fils qui est mort et mon fils qui est vivant.» C’est ainsi qu’elles discutèrent devant le roi. 23 Le roi constata: «L’une dit: ‘C’est mon fils qui est vivant et ton fils qui est mort’, et l’autre dit: ‘Absolument pas! C’est ton fils qui est mort et mon fils qui est vivant.’» 24 Puis il ordonna: «Apportez-moi une épée.» On apporta une épée devant le roi.

25 Le roi dit alors: «Coupez en deux l’enfant qui est en vie et donnez-en la moitié à chacune.» 26 Alors la femme dont le fils était vivant fut remplie de compassion pour son fils et elle dit au roi: «Ah! Mon seigneur, donnez-lui l’enfant qui est en vie, ne le faites pas mourir.» Mais l’autre répliqua: «Il ne sera ni à moi ni à toi. Coupez-le!»

27 Prenant la parole, le roi dit alors: «Donnez l’enfant qui est en vie à la première femme, ne le faites pas mourir. C’est elle qui est sa mère.»

Bernard Golse, pédopsychiatre et chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker (Paris)

Le 14 décembre 2011, Le Monde publiait un article de Bernard Golse, pédopsychiatre, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker (Paris) : A qui profite la résidence alternée ?

L’article : « A qui profite la résidence alternée ? Par Bernard Golse, pédopsychiatre-psychanalyste

La question passionnelle de la résidence alternée pour les enfants de couples séparés me fait souvent penser à celle des rythmes scolaires où, sous couvert de l’intérêt premier des enfants, il ne s’agit au fond que de la préservation de l’intérêt ou du narcissisme des adultes. Si, dans quelques rares situations, cette disposition peut s’avérer utile pour l’enfant, il y faut nombre de conditions, qui ne sont en rien respectées dans la loi de mars 2002, qu’il faudrait amender mais que la proposition de loi Mallié-Decool durcit encore.

Le 15 avril 2010, j’ai été invité par Richard Mallié et Jean-Pierre Decool à un petit-déjeuner de travail pour parler de la proposition de loi que ces députés UMP et leur collègue Rémi Delatte souhaitaient déposer, afin que la résidence alternée puisse être mise en oeuvre plus fréquemment et plus systématiquement.

J’avais alors précisé que cette mesure ne saurait s’appliquer aux enfants de moins de 3 ans environ (2 ans et demi pour les uns, 3 ans et demi voire 4 ans pour d’autres), qui ont d’abord et avant tout besoin de se forger une figure principale d’attachement comme fondement de leur sécurité interne.

J’ajoutais que cette mesure ne pouvait se penser que dans des conditions bien précises – notamment quant au rythme raisonnable de l’alternance et quant à la proximité du domicile des deux parents -, et surtout si, et seulement si, elle était souhaitée, en bonne intelligence, par les deux parents.

Quelques mois ont passé, et j’ai eu la faiblesse de croire que mes propos avaient eu un certain écho… Ce n’était que pure naïveté de ma part puisque non seulement cette proposition de loi va être à nouveau soumise à discussion, mais qu’il aura fallu que je me mette très en colère pour que mon nom soit enfin retiré des attendus de ce projet absurde, voire scandaleux.

En effet, dans les motifs de justification de la proposition de loi, M. Mallié me faisait dire ce que je n’avais jamais dit, et encore moins pensé, à savoir qu’après l’âge de 2 ans et demi, la résidence alternée serait « profitable » à l’enfant, autrement dit souhaitable !

Ce que je crois, essentiellement, c’est que la polémique à propos de la résidence alternée est une stricte affaire d’adultes qui n’ont rigoureusement que faire de l’intérêt premier de l’enfant.

Hormis quelques cas d’entente suffisamment bonne entre les parents, la plupart du temps la résidence alternée se trouve prise dans les conflits mêmes qui ont motivé la séparation et qui lui survivent parfois longtemps. Il ne s’agit le plus souvent que d’un moyen de continuer à se déchirer sur le dos de l’enfant dont l’intérêt premier passe à la trappe. Comme dans le cas de cet enfant d’à peine 2 ans que j’ai suivi et qui faisait, chaque semaine, plus de mille kilomètres en train pour passer du domicile d’un parent à l’autre !

Certains parents veulent l’imposer en pensant que l’amour que l’enfant leur porte n’est qu’une question de temps passé ensemble, quand ce n’est pas pour des raisons purement financières. Mais ils oublient qu’être l’enjeu de parents qui ne s’entendent pas ou se déchirent est bien plus dévastateur pour l’enfant qu’une dissymétrie des temps de résidence.

Mais le narcissisme est plus fort que tout, et l’invocation du « syndrome d’aliénation parentale », pur fantasme d’une nosographie psychiatrique prétendument moderne qui ne repose sur aucune base scientifique, ne fait que recouvrir l’agressivité et les carences des adultes sous les oripeaux d’une fallacieuse scientificité.

Il y a mille et une manières de nuire aux enfants, et elles sont toutes répréhensibles, mais elles le sont encore plus quand elles se cachent derrière une pseudo-attention à leur intérêt premier, car l’agressivité se double alors d’une inadmissible hypocrisie.

Une fois de plus, on sent bien les effets de l’ambivalence envers les enfants et envers l’enfance, ambivalence qui meut certains lobbies de parents haineux ou esseulés et dont la garde de l’enfant n’est plus que la dernière arme envers leur ancien conjoint, et le gage d’une réassurance personnelle qui néglige, sans vergogne aucune, les besoins fondamentaux des enfants dont ils ont pourtant la responsabilité.

Cette loi à visée purement démagogique et électoraliste risque malheureusement de voir le jour, et les juges pourront ainsi imposer – plus encore qu’ils ne le font déjà trop souvent – la résidence alternée à des parents qui ne sont aucunement en mesure de la faire fonctionner de manière harmonieuse. Mais les apparences seront sauves : les parents seront traités à égalité, et on pourra même se faire croire que cela est bon pour les enfants. Populisme oblige ! »

Catherine Perelmutter, avocate au barreau de Paris et spécialisée en droit de la famille

Le 30 avril 2014, Atlantico publiait une excellent interview de Catherine Perelmutter, avocate au barreau de Paris et spécialisée en droit de la famille : Médiation et co-parentalité en cas de divorce : quand les principes ne résistent pas à la réalité

L’interview : « Atlantico : Le Juge Marc Juston rendra ce mercredi 30 avril son rapport qui servira de support à la proposition de loi sur l’autorité parentale et l’intérêt de l’enfant (Apie). Au cœur de ses préconisations, la médiation familiale et la co-parentalité. Au moment des séparations, le rapport propose que « la saisie du juge soit précédée d’une tentative de médiation », « sous peine d’irrecevabilité ». Concrètement qu’est-ce que la médiation familiale et la co-parentalité ?

Catherine Perelmutter : La médiation familiale est un mode amiable de règlement des différends familiaux qui se déroule avec l’aide d’un médiateur. Le médiateur est un tiers impartial. Au cours d’entretiens confidentiels, son rôle est de rétablir la communication et d’aider les parties à reconstruire un lien familial. Le médiateur est seul face aux deux parties, qui peuvent se faire accompagner de leurs avocats respectifs. Le médiateur ne résout pas les problèmes juridiques mais il aide à débloquer une situation conflictuelle. La co-parentalité provient du mot parentalité, qui est un néologisme datant de la fin du vingtième siècle

Cette idée de co-parentalité est apparue dans notre société avec l’évolution de nos normes et représentations de l’intérêt de l’enfant. La co-parentalité est un des objectifs de la loi du 4 mars 2002 et notamment de l’article 373-2 du code civil qui dispose : « Chacun des père et mère doit maintenir des relations personnelles avec l’enfant et respecter les liens de celui-ci avec l’autre parent ». C’est en quelque sorte la double présence des parents dans la vie de l’enfant.

Dans quels cas la médiation familiale peut-elle s’avérer efficace et dans lesquels est-elle vouée à l’échec ?

La médiation familiale suppose une certaine ouverture, une capacité de remettre en cause et d’évoluer, ce qui ne convient pas souvent aux personnalités rigides. Elle peut être efficace si elle est acceptée par les deux parents.

La médiation est vouée à l’échec, si un des deux parents refuse ce mode alternatif de résolution des conflits, et si l’un des deux parents est victime de violences. Dans cette dernière hypothèse, les deux parents ne sont pas à égalité, et le parent « agresseur » va profiter de cette médiation pour continuer le rapport de force avec son conjoint devant le médiateur « impuissant ».

N’est-ce pas illusoire que de penser que grâce à la médiation des situations de conflits généralement déjà avancées puissent se résoudre ?

Il est illusoire de penser, que la médiation peut tout résoudre notamment lorsqu’un des parents utilise l’enfant et la Justice comme un instrument pour poursuivre le conflit et anéantir l’autre. A ce moment-là il ne s’agit plus d’un conflit, mais d’une prise de pouvoir d’un parent. Il est vain de croire, que la coparentalité, qui n’a jamais existé parfois du temps de la vie commune avec le parent dominateur va, par miracle, surgir après la séparation du couple. En réalité, le plus souvent le juge disqualifie les griefs, morigène les parents, qui ne sont parfois pas écoutés, et stigmatisés car en conflit qui demandent alors un arbitrage aux enfants. Ainsi, chacun a perdu sa place, car le juge ne veut plus juger car les conflits sont de plus en plus prégnants.

Il est notable de constater que la conflictualité conjugale intéresse plus le législateur français car elle menace la co-parentalité. Mais cette politique familialiste de maintien de la co-parentalité est faite parfois au sacrifice de l’enfant.

La proposition de la loi Apie n’oblige pas la médiation et estime qu’elle doit intervenir après la séparation et sur décision du juge, si le couple veut revoir son jugement ou les modalités de garde. Par ailleurs, la médiation ne doit-elle pas relever d’une démarche volontaire sous peine d’être vouée à l’échec ?

Bien sûr, c’est un processus d’apaisement des conflits si les deux parents sont dans une démarche volontaire. Le refus des parents est un obstacle à la médiation.

A ce jour, au service des affaires familiales de Paris a été instauré depuis 2009 le système de la « double convocation » : aujourd’hui, dans toutes les affaires, dès qu’une requête est déposée, les deux parents reçoivent une convocation à l’audience et en même temps une convocation à un entretien d’information à la médiation auquel ils doivent se rendre avant l’audience.

En cas de séparation, le rapport préconise pour l’enfant « une double domiciliation, quel que soit le mode de résidence, et que soient inscrites sur sa carte d’identité les adresses de ses deux parents ». Sur le principe cette mesure reprise à l’identité dans la loi Apie semble positive. Mais dans les faits l’exercice de la parentalité peut-il réellement se faire de manière égale pour les couples séparés ?

Cette double domiciliation est un leurre sauf en cas de résidence alternée. Mais dans les autres cas, il y a bien une résidence à titre principale chez l’un des deux parents. A force de ne pas vouloir heurter la susceptibilité mal placée de certains parents, on en arrive à édicter des dispositions législatives dépourvues de sens. Le but d’une séparation réussie n’est pas de couper un enfant en deux pour que les deux parents puissent se dire en toute sérénité, qu’ils ont des droits égaux sur l’enfant. « L’intérêt supérieur de l’enfant  » commande une adaptation des parents aux besoins réels de l’enfant sur lesquels de nombreux professionnels de l’enfance, psychiatres, psychologues, pédiatres ont écrit et notamment les professeurs de psychiatrie, Monsieur Maurice BERGER, Monsieur Bernard GOLSE. Dans l’intérêt de l’enfant, il conviendrait de proposer aux parents des stages d’éducation à la parentalité. »

Dans nos sociétés, la violence d’un homme ne peut-elle s’arrêter qu’à sa mort ?

Publié initialement le 22 mars 2014 sur blog Mediapart.

Partout dans le monde et même dans nos sociétés dites évoluées ou développées, les femmes et les enfants ne sont pas protégés de la violence masculine.

Un homme viole, agresse, tue femmes et/ou enfants, il n’est souvent condamné qu’à une peine légère, le plus souvent assortie d’un sursis.

Lorsqu’il obtient un sursis, pratique courante pour ce genre de crimes, l’homme violent est immédiatement relâché dans la nature et peut à nouveau violer, agresser et tuer femmes et enfants.

Et pourtant, les hommes violents sont légions. Et les femmes et les enfants subissent de plein fouet cette violence. Pour les femmes : Violence domestique et conjugale: première cause de mortalité pour les femmes. Pour les enfants : Stratégie des pédocriminels pour piéger les enfants.

Face à cette non-assistance sociétale à femmes et enfants en danger, doit-on en conclure que seule la mort de l’homme violent peut libérer les victimes de leur bourreau ? Il n’est pas rare d’entendre des victimes dire « Comme personne ne nous protège, j’en ai honte, mais j’en viens à souhaiter que cet homme meure, qu’il ait un accident de voiture ou une grave maladie. Ce serait le seul moyen pour moi et mes enfants d’échapper à sa violence. » Comment peut-on en arriver à une telle aberration dans une société : que seule la mort d’un homme puisse arrêter sa violence ?

C’est précisément le contexte d’une affaire jugée en mars 2012 pour laquelle le procureur Luc Frémiot (avocat général près la Cour d’assises de Douai) a présenté un réquisitoire qui a permis l’acquittement d’une femme accusée du meurtre de son mari qui la violentait.

Cette affaire a donné lieu à un livre : « AQUITTEE – Je l’ai tué pour ne pas mourir », d’Alexandra LANGE (nom de jeune fille d’Alexandra Guillemin, la femme qui a été acquittée), publié chez Michel Laffont en novembre 2012.

L’affaire est décrite plus loin dans cet article, avec transcription intégrale du réquisitoire fondamental de Luc Frémiot, ce procureur qui a fait de la lutte contre les violences envers les femmes son cheval de bataille. Dans son réquisitoire, Luc Frémiot décrit de façon particulièrement claire et poignante la situation de non-assistance sociétale à femmes/enfants en danger.

Mais voyons d’abord deux affaires parues dans la presse récemment qui illustrent ce qui se passe dans la majorité des cas : la non-reconnaissance de la violence masculine et donc la non-assistance à femmes/enfants en danger.

Il roue de coup sa femme enceinte en pleine rue : relâché immédiatement

Cette affaire sans aucune sanction est un encouragement pour les hommes à battre leur femme, de plus lorsqu’elles sont enceintes.

Cet homme a roué de coups sa femme enceinte en pleine rue. Il ose nier les faits pendant sa garde à vue et ressort libre du commissariat, ce qui signifie que les autorités donnent le pouvoir à cet homme de continuer à battre violemment sa femme, ainsi que le bébé qu’elle porte dans son ventre.

Il faut savoir que dans 40% des cas, la violence de l’homme s’enclenche au moment où la femme tombe enceinte. Pour plus de précisions, voir cet article : Dans 40 % des cas, la violence conjugale commence quand la mère est enceinte et l’enfant est frappé dans l’utérus

La jeune femme quant à elle n’a pas déposé de plainte, ce qui est logique dans ce genre de situation. Les professionnels qui travaillent dans le domaine des violences conjugales le savent parfaitement : dénoncer les faits tant que la victime vit avec son bourreau, c’est mettre elle et ses enfants en grand danger.

Un article avec, à la fin, un passage sur ce thème du danger de la dénonciation avant que les victimes soient éloignées du domicile de leur bourreau : Karen Sadlier : conséquences des violences conjugales sur les enfants

Un article à propos du livre dans lequel le magistrat Edouard Durand explique l’importance de la protection de la mère : Violences conjugales : protéger la mère, c’est protéger l’enfant

Voici l’article du 19 mars 2014 paru dans le Midi Libre : Béziers : un homme roue de coups sa femme enceinte en pleine rue

Extrait de l’article : « Deux agents de la police municipale de Béziers (Hérault) ont interpellé un homme en pleine rue, lundi 17 mars, alors qu’il était en train d’arroser copieusement de coups sa femme enceinte. (…) Il ressort libre du commissariat.

Le couple est conduit au commissariat de Béziers où l’homme est placé en garde à vue. Là, ce dernier nie les faits ; la jeune femme refuse, de son côté, de déposer une plainte contre son compagnon. Ce dernier est ressorti libre du commissariat. »

Le journaliste qui relate les faits dans ce article utilise une expression particulièrement choquante. Il écrit que cet homme a « arrosé » copieusement de coups sa femme enceinte. Le mot « arrosé » à la place de « rouer » donne inconsciemment l’idée que rouer de coup sa femme serait un acte viril, l’équivalent de la décharge finale de l’homme au moment de l’acte sexuel.

Il avait prémédité de tuer toute sa famille et a tué sa fille : 5 ans avec sursis

Cette affaire constitue un véritable encouragement pour les hommes à tuer leur famille avec le prétexte qu’ils sont désespérés. Un père a assassiné (meurtre avec préméditation) sa fille de 6 ans parce qu’elle était handicapée. Son projet était d’assassiner également la mère, mais finalement, on nous dit qu’il n’a pas « eu la force » de le faire (comme s’il s’agissait d’un acte viril de tuer).

La justice et les médias décrivent cet assassin comme un gentil père, aimant et attentionné, se trouvant dans un état de détresse psychologique, etc. Belle complaisance pour un homme qui projetait froidement d’assassiner toute la famille et qui a finalement assassiné sa fille ! Lui-même plaide l’ « acte d’amour et de désespoir ». Cet argument rappelle désagréablement l’argument « crime passionnel » qui n’est fort heureusement plus admis aujourd’hui.

Le verdict laisse sans voix : 5 ans de prison avec sursis. La manière dont cet infanticide est traité par la justice montre que dans nos sociétés les enfants handicapés n’ont pas la même valeur que les autres et qu’on a le droit de les assassiner. Ce verdict est donc un encouragement pour les hommes à tuer leur famille dans les cas où ils n’arrivent plus à assumer une situation.

D’autre part, relâché dans la nature grâce à un sursis, cet homme pourra mettre à exécution la 2ème partie de son projet : assassiner sa femme. Ce verdict met donc cette femme en danger de mort face à un assassin, soit un homme qui tue froidement avec préméditation. Elle vivra désormais dans la peur, sachant qu’à tout moment son mari peut l’assassiner.

Voici l’article du 21 mars 2014 publié par le Monde.fr : Le père qui avait étouffé sa fille handicapée condamné à cinq ans de prison avec sursis

Extrait de l’article : « « C’est un homme inséré dans la société, qui assume ce qu’il a fait et le regrette. L’intérêt de la société aujourd’hui n’est pas qu’il soit incarcéré »,

Jugé pour le meurtre de sa fille handicapée, il plaide l’« acte d’amour et de désespoir. (…) D’après un expert psychiatre, Americo Carneiro, décrit par tous les témoins comme un père aimant et attentionné, se trouvait dans un état de détresse psychologique lorsqu’il a tué sa fille, et son discernement était « en partie altéré ». « Cela n’enlève rien à la gravité de son geste », a toutefois souligné dans ses réquisitions l’avocate générale, appelant les jurés à prononcer une peine « équilibrée », prenant en compte le « droit à la vie » de Johana. »

Et l’article du 19 mars 2014 donné en lien dans le précédent : Jugé pour le meurtre de sa fille handicapée, il plaide l’« acte d’amour et de désespoir »

Extrait de l’article : « Pourtant, l’accusé ne regrette pas son acte. Il y pensait depuis la dernière hospitalisation psychiatrique de sa femme, en 2009 : ne voyant plus d’autre issue à sa situation familiale, il envisage alors pour la première fois de mettre fin aux jours de sa fille, de sa femme et de se suicider ensuite. Une idée qui ne le quitte plus. Le 30 décembre 2010, il effectue un virement de 10 000 euros sur le compte de sa mère, une somme qui devait permettre de payer les obsèques de la famille.

(…) Le 3 janvier 2011, vers 22 heures, il entre dans la chambre de sa fille endormie, place sa main sur sa bouche et pince son nez jusqu’à ce qu’elle ne bouge plus. M. Carneiro raconte ne plus avoir eu la force de tuer sa femme et de se suicider comme il l’avait prévu. »

Dans l’article du 19 mars 2014, on apprend que lors de cette audience « l’accusé ne regrette pas son acte ». Dans l’article du 21 mars 2014 (soit 2 jours plus tard, lors de la dernière audience avec verdict), on apprend qu’il « assume ce qu’il a fait et le regrette ». Etrange rapide revirement qui fait penser à un conseil d’avocat pour diminuer la peine. Ce revirement trop rapide est inquiétant, car il laisse présager qu’il pourrait recommencer avec sa femme, comme il en avait le projet initialement.

Lors de la dernière audience, l’avocate générale ajoute « L’intérêt de la société aujourd’hui n’est pas qu’il soit incarcéré ». Elle ne prend donc absolument pas en compte le danger que cet homme représente pour sa femme.

Luc Frémiot, un procureur engagé contre les violences faites aux femmes

Luc Frémiot est un procureur qui a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes son cheval de bataille. Dans cette affaire, Luc Frémiot obtient l’acquittement d’une femme qui a tué son mari, alors qu’elle subissait sa violence depuis de nombreuses années.

Le réquisitoire de Luc Frémiot est poignant et contient absolument tout ce qu’il faut pour faire comprendre à quel point il est urgent de s’occuper de la violence faite aux femmes et aux enfants.

Voici l’intégralité d’un article dans lequel le réquisitoire est retranscrit : Contre les violences conjugales, un procureur français lutte à sa manière!

Intégralité de l’article :

« Contre les violences conjugales, un procureur français lutte à sa manière!

En ce jour où l’on rappelle les violences faites aux femmes, il n’est pas intérêt de signaler le comportement étonnant mais surement très courageux de ce procureur qui a fait de la lutte contre ce phénomène son cheval de bataille.

En fait, il s’agit de Luc FREMIOT, avocat général près la Cour d’assises de DOUAI (France – Nord) chargé de présenter le réquisitoire dans l’affaire Alexandra GUILLEMIN, accusée du meurtre de son mari qui la violentait.

Les détails des faits et du procès sont rapportées dans la chronique judiciaire signée Pascale Robert-Diard dans le quotidien LE MONDE des 25-26 mars 2012.

L’important dans l’affaire est que l’avocat général lors de son réquisitoire s’est transformé en défenseur de l’accusée! Décision tout à fait exceptionnelle pour un magistrat chargé de requérir une peine contre une personne qui a commis un meurtre et d’argumenter pour convaincre les jurés et la cour du bienfondé de sa demande.

L’avocat de la défense de Alexandra Guillemin n’aurait pas pu trouver des mots plus justes pour éviter à sa cliente d’être condamnée.

Voilà le texte du réquisitoire de l’avocat général Frémiot :

Alexandra Guillemin, nous avions rendez-vous. C’est un rendez-vous inexorable, qui guette toutes les victimes de violences conjugales. Ce procès vous dépasse parce que derrière vous, il y a toutes ces femmes qui vivent la même chose que vous. Qui guettent les ombres de la nuit, le bruit des pas qui leur fait comprendre que c’est l’heure où le danger rentre à la maison. Les enfants qui filent dans la chambre et la mère qui va dans la cuisine, qui fait comme si tout était normal et qui sait que tout à l’heure, la violence explosera.

Elles sont toutes sœurs, ces femmes que personne ne regarde, que personne n’écoute. Parce que, comme on l’a entendu tout au long de cette audience, lorsque la porte est fermée, on ne sait pas ce qui se passe derrière. Mais la vraie question, c’est de savoir si l’on a envie de savoir ce qui se passe. Si l’on a envie d’écouter le bruit des meubles que l’on renverse, des coups qui font mal, des claques qui sonnent et des enfants qui pleurent.

Ici, dans les cours d’assises, on connaît bien les auteurs des violences conjugales. De leurs victimes, on n’a le plus souvent qu’une image, celle d’un corps de femme sur une table d’autopsie. Aujourd’hui, dans cette affaire, nous sommes au pied du mur, nous allons devoir décider.

Mon devoir est de rappeler que l’on n’a pas le droit de tuer. Mais je ne peux pas parler de ce geste homicide sans évoquer ces mots des enfants : « Papa est mort, on ne sera plus frappés ». «Papa, il était méchant ». « Avec nous, il se comportait mal, mais c’était rien comparé à ce qu’il faisait à maman ».

On n’a pas le droit de tuer, mais on n’a pas le droit de violer non plus. D’emprisonner une femme et des enfants dans un caveau de souffrances et de douleur.

Je sais la question que vous vous posez. « Mais pourquoi Alexandra Guillemin n’est-elle pas partie avec ses enfants sous le bras ? » Cette question est celle d’hommes et de femmes de l’extérieur, qui regardent une situation qu’ils ne comprennent pas et qui se disent « Mais moi, je serais parti ! ». En êtes-vous si sûr ?

Ce que vivent ces femmes, ce qu’a vécu Alexandra Guillemin, c’est la terreur, l’angoisse, le pouvoir de quelqu’un qui vous coupe le souffle, vous enlève tout courage. C’est sortir faire les courses pendant cinq minutes parce que celui qui vous envoie a calculé exactement le temps qu’il vous faut pour aller lui acheter ses bouteilles de bière. Et c’est à cette femme là que l’on voudrait demander pourquoi elle est restée ?

Mais c’est la guerre que vous avez vécu, Madame, la guerre dans votre corps, dans votre cœur!

Et vous, les jurés, vous ne pouvez pas la juger sans savoir les blessures béantes qu’elle a en elle. C’est cela être juge, c’est être capable de se mettre à la place des autres.

Alexandra Guillemin, il suffit de l’écouter, de la regarder. De voir son visage ravagé. Mais un visage qui change dès qu’elle parle de ses enfants. On a beaucoup dit d’elle qu’elle était « passive ». Mais c’est une combattante, cette femme! Ses enfants, elle leur a tenu la tête hors de l’eau, hors du gouffre. Il n’y a pas beaucoup d’amour dans ce dossier, mais il y a le sien pour ses enfants, et ça suffit à tout transfigurer. Ils ont 13, 11, 8 et 6 ans aujourd’hui, ils vous aiment, ils seront votre revanche.

Nous, la question que nous devons nous poser, c’est : « de quoi êtes-vous responsable, Alexandra Guillemin ? » Quelle serait la crédibilité, la légitimité de l’avocat de la société qui viendrait vous demander la condamnation d’une accusée, s’il oubliait que la société n’a pas su la protéger ?

Alors, je vais parler de légitime défense. Est-ce qu’au moment des faits, Alexandra Guillemin a pu penser qu’elle était en danger de mort ? Est-ce qu’en fonction de tout ce qu’elle a vécu, subi, elle a pu imaginer que ce soir là, Marcelino allait la tuer ? Mais bien sûr ! Cela fait des années que ça dure. Alexandra a toujours été seule. Aujourd’hui, je ne veux pas la laisser seule.”

Et il a conclu ce bien curieux, mais si humain, si courageux, réquisitoire, par ces mots encore plus curieux dans la bouche d’un procureur, mais tellement humains, tellement courageux :

C’est l’avocat de la société qui vous le dit : vous n’avez rien à faire dans une cour d’assises, Madame.

Acquittez-la !

Et la cour d’assises de Douai a acquitté Alexandra Guillemin !

L’avocat général Luc Frémiot venait de remporter là une grande victoire dans le combat contre les violences faites aux femmes qu’il livre depuis des années : cette victoire est la conclusion logique du cheminement de ce défenseur de la société qui s’est transformé en défenseur acharné de la cause des femmes battues.

Puisse l’action de ce magistrat puisse servir d’exemple à tous ceux et à toutes celles qui détiennent une parcelle de pouvoir judiciaire, policier, administratif, réglementaire ou politique pour les inciter à agir dans le cadre de leurs responsabilités respectifs pour tenter d’éradiquer ce fléau qui sape toutes les sociétés!

P.S. : pour en savoir plus sur cette bouleversante affaire, lire AQUITTEE – Je l’ai tué pour ne pas mourir, d’Alexandra LANGE (nom de jeune fille de Alexandra Guillemin), publié chez Michel Laffont en novembre 2012. »

Luc Frémiot

Affaire-Alexandra-Lange-L-emprise-TF1-le-vrai-et-bouleversant-requisitoire-du-procureur-Luc-Fremiot

Source de la photo :
Affaire Alexandra Lange (L’emprise, TF1) : le vrai et bouleversant réquisitoire du procureur Luc Frémiot

(lien direct sur la photo ici)

Violences conjugales : protéger la mère, c’est protéger l’enfant

Publié initialement le 9 février 2014 sur blog Mediapart.

Edouard Durand est magistrat. Il a été juge aux affaires familiales, juge des enfants, ainsi que juge au tribunal correctionnel et dans les cours d’assises. Il est aujourd’hui chargé de formation à l’Ecole nationale de la magistrature.

L’exercice de ses fonctions de juge l’a amené à faire deux constats : 1) la fréquence importante (au civil et au pénal) des violences conjugales envers les femmes et les enfants ; 2) la manière dont les professionnels et la société rejettent sur la victime la responsabilité des violences, alors qu’elle subit des faits violents et qu’elle devrait être soutenue.

En novembre 2013, Edouard Durand publiait chez L’Harmattan (catégorie « Sciences criminelles ») son ouvrage : Violences conjugales et parentalité – Protéger la mère, c’est protéger l’enfant.

« (…) la protection de l’enfant n’est pas dissociable de la protection de la mère qui se montre sécurisante dès lors qu’elle est en sécurité. » (L’Harmattan: fiche de l’ouvrage)

L’ouvrage est préfacé par Ernestine Ronai, coordinatrice nationale « violences faites aux femmes » de la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violences et la lutte contre la traite des êtres humains (MIPROF) et co-présidente de la Commission « Violences de genre » : Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes

La vidéo

Edouard Durand a enregistré une vidéo dans laquelle il présente son ouvrage et parle de son travail : Violences conjugales et parentalité – Protéger la mère, c’est protéger l’enfant

Dans cette vidéo exceptionnelle, Edouard Durand apporte sa conception parfaitement claire des violences conjugales. Il parle de la domination masculine qui a pour conséquence une violence masculine massive envers les femmes, du passage à l’acte unilatéral de l’auteur des violences, de la nécessité de ne pas dissocier la protection de la mère de celle des enfants, etc.

Il termine son enregistrement avec une phrase saisissante de Françoise Héritier :

« (…) de toutes les espèces animales répertoriées, il nous faut bien convenir que l’homme est la seule espèce où les mâles tuent les femelles. »

Edouard Durand -protéger la mère, c'est protéger l'enfant

Capture d’écran de la vidéo

Voici la transcription intégrale de cette vidéo exceptionnelle :

« Bonjour, je m’appelle Edouard Durand. Je suis magistrat et je voudrais vous présenter le livre que j’ai écrit et qui s’appelle violences conjugales et parentalité. Protéger la mère, c’est protéger l’enfant.

J’ai exercé les fonctions de juges des enfants et de juge aux affaires familiales, mais aussi de juge au tribunal correctionnel ou dans les cours d’assises. Et l’exercice de ces fonctions m’a conduit à faire un double constat.

Le premier point, c’est que j’étais très étonné par la fréquence importante des situations de violence conjugale qui survenaient beaucoup dans l’exercice de toutes ces fonctions : civil et pénal et de protection de l’enfance.

Et l’autre aspect du constat, c’est que j’ai été étonné par un paradoxe. C’est que tout le monde, les professionnels, les citoyens désapprouvent les violences conjugales. Mais que confrontés aux situations individuelles, aux situations réelles des personnes et des familles, nous avons beaucoup de difficulté à trouver un positionnement à la fois juste et efficace pour répondre aux problèmes des violences conjugales. Et que ce paradoxe peut conduire finalement à rejeter sur la victime une responsabilité, alors qu’elle subit des faits et qu’on devrait la soutenir.

Ce livre aborde les violences conjugales à partir d’un point de vue particulier qui est celui de la parentalité. Et donc il amène à faire deux observations de point de départ. Le premier, c’est en quoi les violences conjugales ont des conséquences, des incidences qui sont graves sur le bien-être et sur le développement des enfants. Et le deuxième point qui est lié, c’est en quoi les violences conjugales nous disent quelque chose de la parentalité. C’est-à-dire de la capacité du père et de la mère à répondre aux besoins fondamentaux de l’enfant dans le contexte des violences conjugales.

Evidemment, le sous-titre de ce livre Protéger la mère, c’est protéger l’enfant dévoile l’intention qui est la mienne, mon ambition dans ce travail que je vous propose. Protéger la mère, c’est protéger l’enfant, c’est une expression qui est issue d’une phrase d’Ernestine Ronai qui a bien voulu écrire la préface de ce livre et qui est responsable interministérielle de la lutte contre les violences faites aux femmes et qui, lorsqu’elle a été entendue à l’Assemblée Nationale, le 12 mai 2009, avait dit à nos représentants : « dès lors qu’elle est protégée, la mère se montre en capacité de protéger ses enfants ».

Et cette phrase de départ, ce constat de départ, me semble devoir guider toute notre pensée, toute notre action, sur les violences conjugales et sur la protection des victimes, de la mère et des enfants.

Dire que protéger la mère, c’est protéger l’enfant, c’est dire, à mon sens, que pour protéger l’enfant, il faut protéger la mère. Qu’il n’y a pas de protection possible de l’enfant, sans protection de la mère. Et que la protection de la mère victime des violences conjugales est le point de départ de la protection de l’enfant.

La mère peut protéger l’enfant et c’est à la société qu’il revient de protéger la mère.

Ceci m’amène à faire une autre observation, c’est que dans ce livre il est question de la place des hommes, de la place des femmes et de la place des enfants dans la famille. Bien sûr, les violences conjugales existent dans toutes les configurations de couples. Dans les couples hétérosexuels comme dans les couples homosexuels.

Mais massivement, les violences conjugales, ce sont les violences de l’homme sur la femme. Et donc, elles viennent nous interroger sur la dimension du genre dans la famille. Et plus précisément sur ce que nous pouvons appeler : la domination masculine. Bien sûr, je fais référence ici aux travaux de Françoise Héritier.

Or le droit a longtemps et toujours dit des choses sur la place respective des hommes, des femmes et des enfants dans la famille. Et aussi sur ce qu’on peut appeler : la domination masculine.

Parce que, vous le savez, longtemps, le droit de la famille a été gouverné selon le principe de la puissance maritale et paternelle. Et ça n’est qu’en 1938 que la puissance maritale a été abolie. Et en 1970 que la puissance paternelle a été abolie pour faire place à un régime d’autorité parentale.

Or, et je me réfère ici à Hannah Arendt qui bien sûr réfléchissait à la science politique, mais dont les intuitions et la pensée peuvent à mon sens s’appliquer à la famille. Ce qui différencie la puissance, le pouvoir et l’autorité, c’est que l’autorité exclu toujours le recours à des moyens extérieurs de coercition. C’est-à-dire, le recours à la violence.

Donc, je vous propose de penser que les violences conjugales viennent perpétuer ce rapport de symétrie et d’asymétrie dans la famille en perpétuant un régime de domination du père, du mari, de l’homme sur la mère, la femme, l’épouse et sur les enfants.

Et cela à des conséquences, c’est que, en situant mon propos, mon travail, ma pensée et mon action de magistrat dans un registre de domination, je situe les violences conjugales comme l’expression d’un rapport de force. Comme la recherche d’un pouvoir sur la victime et sur les enfants. Et que je ne pense pas les violences conjugales comme une pathologie du lien. Bien sûr, c’est un choix que je fais, un engagement que je fais, mais il n’y a pas de position neutre, car on n’accueille pas une victime de violence conjugale de la même façon si l’on pense qu’elle est victime d’un passage à l’acte unilatéral de l’auteur des violences, ou si l’on pense qu’elle participe à une pathologie du lien.

Et il est essentiel, pour lui envoyer le signal du rapport à la loi et de la transgression de la loi qui a été opérée par la violence, par le passage [à l’acte] unilatéral de l’auteur des violences, qu’elle n’est pas dans une pathologie du lien.

Et que, en énonçant la transgression de la loi, on peut lui permettre de redevenir sujet de sa propre protection et de la protection de ses enfants.

Ensuite, dire violences conjugales et parentalité, protéger la mère, c’est protéger l’enfant, c’est insister sur l’impact très grave des violences conjugales sur les enfants.

Les pédopsychiatres, les sociologues, les professionnels du champ social sont en mesure de nous dire aujourd’hui combien les violences conjugales affectent gravement le bien-être et le développement de l’enfant.

Prendre conscience de ça, c’est exiger pour nous d’agir pour la protection de l’enfant. Mais le risque, c’est d’oublier cette proposition initiale de la protection indissociable de la mère et de l’enfant.

Insister sur le danger pour l’enfant dans les violences conjugales, ça ne doit pas nous conduire à dissocier la protection de la mère et de l’enfant. C’est une des ambitions de mon travail que je vous propose dans ce livre, c’est de tenir toujours ensemble la protection de la mère victime des violences conjugales et de l’enfant victime des violences conjugales.

Bien sûr, ce travail s’adresse aux professionnels : aux magistrats, aux policiers, aux gendarmes, aux médecins, aux pédopsychiatres, aux travailleurs sociaux, aux éducateurs, aux assistants sociaux. Mais il s’adresse aussi aux familles. Il s’adresse aussi aux citoyens.

Et pour finir cette présentation, je voudrais citer une phrase de Françoise Héritier, une phrase saisissante dans son ouvrage Ces yeux qui te regardent, et le jour, et la nuit [ ; regard sur la violence faite aux femmes]. Françoise Héritier nous dit : « C’est la pensée et seulement la pensée élaborée par nos ancêtres pour donner sens au réel observé qui est en cause, lorsqu’on examine de près les conditions de la violence sexuée, qu’elle soit publique ou privée, car de toutes les espèces animales répertoriées, il nous faut bien convenir que l’homme est la seule espèce où les mâles tuent les femelles. »

Et je vous propose que ce livre Violences conjugales et parentalité. Protéger la mère, c’est protéger l’enfant, soit aussi un guide, une adresse et un soutien pour lutter contre ce fait qui est inacceptable. »

Article de Libération

Le 24 novembre 2013, un article a été publié dans Libération à l’occasion de la sortie de l’ouvrage d’Edouard Durand : «Si on protège la mère, on protège son enfant»

Cet article est une interview d’Edouard Durant, avec d’autres éléments intéressants sur sa conception des violences conjugales.

Intégralité de l’article : « INTERVIEW Lutte. Pour le magistrat Edouard Durand, les violences conjugales ont une répercussion sur toute la famille :

La journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes, ce lundi, suit la journée internationale des droits de l’enfant de mercredi. Dans ces opérations de sensibilisation, comme dans les politiques de prévention concrètes, peu de connexions sont établies. Pourtant, sur le terrain, acteurs sociaux et judiciaires constatent à quel point les deux problèmes sont liés. Edouard Durand, ex-juge aux affaires familiales et ex-juge des enfants, aujourd’hui chargé de formation à l’Ecole nationale de la magistrature, publie Violences conjugales et parentalité chez l’Harmattan (1).

En quoi l’enfant est-il victime des violences conjugales ?

Il y a plusieurs niveaux. D’abord, le fait de voir ou de savoir sa mère, principale figure d’attachement, victime de violences. Et le fait que l’auteur soit son autre principale figure d’attachement, le père. Ensuite, une mère victime de violences peut être plongée dans une stratégie de survie qui peut la mettre en difficulté pour s’occuper de son enfant. En outre, plusieurs études, notamment celles menées par la chercheuse Patrizia Romito en Italie, ont montré que plus de 40% des enfants exposés à des violences conjugales sont eux-mêmes victimes de violences physiques ou psychologiques directes par le même auteur. C’est un chiffre marquant, mais pas forcément surprenant, si on réfléchit à la personnalité des auteurs : des personnes avec une forte volonté d’emprise, de pouvoir sur l’ensemble de la famille, et une intolérance à la frustration.

Pourquoi a-t-on du mal à relier protection de la mère et de l’enfant ?

Parce qu’on a tendance à segmenter le champ de la lutte contre les violences conjugales. Il y a d’un côté le domaine pénal, où la mère est reconnue victime – mais pas l’enfant. Puis la justice aux affaires familiales (séparations, droit de visite). Là, la pensée est brouillée par le slogan «c’est pas parce qu’on est un mauvais mari qu’on est un mauvais père». Et on demande à la mère victime d’organiser un partage sain de l’autorité parentale avec celui qui pendant des années l’a terrorisée, comme si c’était naturel. Sans vouloir voir aussi que l’exercice de l’autorité parentale est le lieu où se perpétue souvent l’ancienne emprise sur la famille et le chantage affectif («j’exige que ma fille fasse de la danse», «je refuse que mon fils parte en colonie»).

La France n’a-t-elle pas progressé dans la lutte contre les violences faites aux femmes ?

Si, parce qu’on en parle plus, qu’on invente de nouveaux outils. Mais confrontés à des situations concrètes, les anciens blocages ressurgissent. Les professionnels demandent encore : «Pourquoi est-ce que la femme ne part pas ?» Et si la situation perdure ils vont dire : «Il faut placer les enfants, pour les mettre à l’abri.» Alors que ce qu’il faut faire, c’est éloigner l’auteur des violences. Ce n’est pas bon pour un enfant de se retrouver en foyer si sa mère continue à se faire battre chez elle. Si le message est que, quand les violences sont révélées, les enfants sont placés, ni les mères ni les enfants ne les dénonceront jamais.

Vous dites qu’on ne peut agir contre les violences conjugales que si on les «comprend».

Oui, je pense vraiment qu’il ne faut jamais perdre de vue le mécanisme d’emprise et de pouvoir que révèlent les violences conjugales. Il y a encore des professionnels qui regrettent qu’il n’y ait pas plus de médiation, qui disent : «La médiation, c’est bien pour les conflits.» Mais justement, les violences conjugales ne sont pas un conflit. Elles sont unilatérales, avec un seul auteur, et autant de victimes que de membres de la famille. Si l’on protège la mère, on lui redonne les moyens de protéger son enfant. Il y a des situations où il peut être légitime de mettre de la distance avec un parent maltraitant, et les violences conjugales sont une maltraitance.

(1) 12 €, 110 pages.

Recueilli par ondine Millot »

Dans 40 % des cas, la violence conjugale commence quand la mère est enceinte et l’enfant est frappé dans l’utérus

Publié initialement le 30 janvier 2014 sur blog Mediapart.

Aujourd’hui, dans le cadre de la nouvelle loi famille (débats prévus pour mars 2014 à l’Assemblée Nationale), les associations de pères exigent que la violence conjugale ne soit pas un frein à la résidence alternée.

Cette exigence des associations de pères fait penser que ces associations défendent des hommes accusés de violence conjugale.

Alors prenons une excellente interview publiée le 10 octobre 2006 dans laquelle la Dr. Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol (CFCV) résume en quelques mots, de façon très claire, le danger que l’homme violent représente pour ses enfants : Dr Emmanuelle Piet : «La violence commence dans l’utérus»

La lecture de ce texte montre que l’enfant est l’instrument au moyen duquel l’homme violent va pouvoir exercer sa violence. Il commence d’ailleurs souvent à frapper l’enfant dans l’utérus. Cette violence envers le fœtus symbolise parfaitement le processus de violence que le père enclenche dès l’instant où cet enfant prend forme dans le ventre de sa mère.

Voici l’intégralité de ce texte remarquable : « Dr Emmanuelle Piet : «La violence commence dans l’utérus»

Interview d’une médecin départemental de PMI 93, présidente du Collectif féministe contre le viol

Dr Emmanuelle Piet, médecin départemental de PMI 93, présidente du Collectif féministe contre le viol.

A quel moment l’enfant prend-il conscience de la violence entre ses parents ?

Dans 40 % des cas, la violence commence lorsque la mère est enceinte et l’enfant est tapé alors qu’il est dans l’utérus. Beaucoup naissent prématurés, certains ont des membres cassés.

Pourquoi à cette période ?

Car la femme est vulnérable. Au début, les hommes sont charmants, ne laissent rien percevoir. Et ils savent qu’ils ont tout intérêt à mettre la femme enceinte pour exercer leur violence.

Comment les enfants réagissent-ils ?

Il y a deux types de comportements : les uns sont très anxieux, les autres très calmes. Ces derniers sont les plus terrorisés. Les petits garçons se mettent à la place du père, le prennent comme exemple dans sa façon de traiter la femme et sont violents à leur tour. Tandis que les filles deviennent soumises, à l’image de leur mère.

Connaît-on les conséquences sur l’avenir de ces enfants ?

Très mal, car on commence à s’inquiéter de ce problème. Il n’y a pas si longtemps, la société trouvait encore normal qu’une femme soit battue par son mari. On sait juste qu’une femme qui a eu un père violent a trois fois plus de risques de tomber sur un conjoint violent.

Pourquoi les femmes ne partent-elles pas plus tôt ?

Elles ont très peur, et on entend beaucoup dire : « Oui, mais il est gentil avec les enfants ». J’ai rencontré une patiente qui a été battue dix-neuf ans par son mari. Ses quatre enfants étaient totalement lavés du cerveau [instrumentalisés].

Recueilli par Magali Gruet

©2006 20 minutes »

Violence conjugale sur femme enceinte et son bébé

Violence conjugale - femme enceinte

Source image :
Les femmes enceintes plus souvent touchées par les violences conjugales

Les pères violents : un danger mortel pour les enfants

Confier des enfants en résidence alternée et même en droit de visite et d’hébergement (DVH) à un homme violent est donc extrêmement dangereux pour les enfants, puisque les hommes violents instrumentalisent systématiquement les enfants dans le but de faire violence à leur compagne ou ex-compagne.

Et l’on sait que cette instrumentalisation peut aller jusqu’au meurtre. Dans quasiment tous les meurtres d’enfants par leur père, la violence conjugale avait d’ailleurs été signalée aux autorités. Mais personne n’a pris ces signalements au sérieux.

« Pour nous toutes, les meurtres de nos enfants ont été perpétrés comme mesures de représailles à notre égard. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seules. Dans le documentaire Les Survivantes, la chercheuse Suzanne Léveillée, spécialisée en meurtres intrafamiliaux, avance que 80% des hommes qui tuent leurs enfants après une séparation ou dans le cadre de conflits entourant la garde des enfants, passent à l’acte comme mesure de représailles envers la mère. Ces hommes, dont plusieurs sont atteints de troubles de la personnalité, ne veulent qu’une chose : déposséder la mère de tout. » (Le manifeste des mères survivantes).

Un autre article avec transcription d’une conférence à propos de l’impact de la violence conjugale sur les enfants : Karen Sadlier : conséquences des violences conjugales sur les enfants

Les associations de pères exigent d’ignorer la violence conjugale

Rappelons que les hommes violents sont légions : Violence domestique et conjugale: première cause de mortalité pour les femmes

Beaucoup de ces nombreux hommes violents sont aussi des pères.

Violence conjugale - APAV victim support

Chut, ignorons la violence conjugale !

Et comme par hasard, dans le cadre des discussions de la nouvelle loi famille, ce sont les associations de pères qui exigent que la violence conjugale ne soit pas un frein à la résidence alternée.

Comment se fait-il que cette exigence ait été acceptée et qu’elle figure dans le rapport du groupe de travail sur la coparentalité présenté par le gouvernement le 8 janvier 2014 ? Avec la nouvelle loi égalité femmes-hommes qui reconnaît largement la violence conjugale, comment peut-on écarter la violence conjugale et l’exclure des débats dans la préparation de la nouvelle loi famille ? C’est incompréhensible.

Il faudrait au contraire inscrire de sérieux « garde-fous » dans cette nouvelle loi famille pour faire face aux situations dramatiques de violence conjugale.

Ces « garde-fous » manquaient déjà à la loi précédente (LOI n° 2002-305 du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale).

Or, pour l’instant, il se passe exactement la même chose qu’en 2002, lors de la précédente loi qui a été une catastrophe pour les mères et les enfants confrontés à des hommes violents.

En effet, en 2002, l’association SOS Papa avait déjà réussi à faire inscrire dans la loi que la violence conjugale ne devait pas être un frein à la résidence alternée.

L’argument de SOS Papa est qu’un mari violent (ou compagnon violent) est un « bon père ». Cet argument est bien sûr parfaitement faux, puisqu’un homme violent va au contraire utiliser l’enfant pour exercer sa violence.

Cette loi de 2002 a été adoptée dans l’urgence peu avant le deuxième tour de l’élection présidentielle (Jacques Chirac était face à Jean-Marie Le Pen). Pour cela, elle a été surnommée « loi TGV », ainsi que « loi SOS Papa » du fait que cette loi répondait à presque toutes les exigences de l’association.

Comme le gouvernement a suivi la demande de SOS Papa en 2002, aucun « garde-fou » n’a été inscrit dans cette loi, permettant ainsi à des hommes violents d’obtenir des résidences alternées.

A cause de cette loi, depuis 2002, une quantité d’enfants ont été confiés en résidence alternée à des hommes violents. Pour les mères et les enfants, il s’agit d’un véritable calvaire et un danger permanent, car l’homme violent perpétue sa violence au-delà de la séparation en utilisant les enfants.

Alors aujourd’hui, dans le cadre de la nouvelle loi famille, il faut absolument inscrire des « garde-fous », afin d’empêcher que des hommes violents obtiennent des résidences alternées et des droits de visite et d’hébergement (DVH).

L’autorité parentale devrait même être retirée aux hommes violents, car ils instrumentalisent en permanence l’autorité parentale pour faire violence à la mère et aux enfants.